Je vous en ai déjà donné un léger aperçu dans un billet précédent, mais répétition est, paraît-il, mère de pédagogie : les chiffres qui nous sont donnés aujourd'hui concernant les retraites, l'arithmétique et ses implacables conséquences, sont tout aussi fantaisistes qu'un brillant trompe l'œil. Pourtant, combien sommes nous à nous incliner devant sa juste impartialité ?

L'arithmétique est une science exacte, capable de déduire de justes conclusions à partir d'hypothèses correctes à l'aide d'un raisonnement justifié. L'une de ses principales forces réside pourtant dans son égale capacité à déduire de fausses conclusions à partir d'hypothèses erronées, sous couvert d'un raisonnement tout aussi justifié. C'est précisément cette capacité, souvent ignorée, qui est utilisée dans les arguments que l'on nous sert pour nous faire digérer cette réforme des retraites, que je considère infondée, inutile et injuste.

Les retraites ne sont pourtant qu'un exemple de la vaste entreprise de désinformation qui est à l'œuvre. Inutile pour moi de développer l'argumentation qui permettrait de convaincre un lecteur initialement sceptique, étant donné la force des médias qui relaient les informations manipulées. Je préfère donner quelques références à compulser en cas d'urgence: choisissez entre pilule bleue et pilule rouge. Pour cette dernière, aucun retour en arrière n'est prévu.

La première étape s'énonce simplement mais relève du parcours initiatique : apprendre à penser librement, à se dégager de l'influences des diverses et vastes sources d'informations, en nombre croissant, qui nous environnent. Le parcours est d'autant plus ardu que chacun a souvent plaisir à croire en sa propre indépendance d'esprit, en son libre arbitre. En ce qui me concerne, la pilule rouge me fut distillée à mon insu grâce à un livre découvert, à nouveau devrais-je dire, par hasard en flânant dans une très sympathique librairie de Metz : La Cour des Grands. Ce livre, de l'auteur Québécois Normand Baillargeaon s'intitule Petit cours d'autodéfense intellectuelle. Il est disponible gratuitement dans une première version en PDF et en HTML, ou dans sa dernière édition à La Cour des Grands ou, pour ceux qui ne peuvent vraiment pas se déplacer pour soutenir les petites librairies sympathiques, chez Chapitres (sûrement ;).

La deuxième étape consiste à sélectionner de manière systématique et sans pitié les sources d'information jugées fiables. Il va de soi qu'aucune source ne sera citée ici puisque le principe est justement de se faire un jugement propre. Là encore, un livre, que l'on m'a offert, m'a ouvert la voie en proposant plusieurs pistes de réflexion dans le but d'entamer cette sélection. Il s'intitule Les nouveaux chiens de garde de Serge Halimi et est disponible comme pré-cité.

Je ne dévoilerai le contenu de ces ouvrages qu'à travers deux questions.

  • Quelle est l'influence du propriétaire d'un journal sur son contenu ?
  • Quel est le propriétaire du journal que vous lisez ?

Les étapes suivantes sont aussi nombreuses que variées. Elles sont donc laissées à la perspicacité du lecteur intéressé. En ce qui me concerne, elles pourraient prendre les formes décrites dans les lignes qui suivent.

Il me semble que la plus grande entreprise de désinformation dans notre environnement concerne le domaine économique, dont le prétexte de ce billet, la réforme des retraites, en est un brillant exemple. Jusqu'à présent, les sciences économiques me semblaient obscures et inaccessibles. Là encore, la pilule rouge me fut instillée par un certain Bernard Maris, dont j'ai le plaisir de lire les savoureux éditoriaux et le Journal d'un économiste en crise, dans un hebdomadaire dont je tairai le nom pour ne pas rendre la partie trop facile. J'ai par ailleurs lu et entendu beaucoup de bien de son Antimanuel d'économie (Tomes 1 & 2), qui sera donc ma prochaine étape afin de tenter de démystifier l'économie des économistes.

Pour finir, quelques pistes, que j'explorerai peut-être. Citons par exemple un film, que je n'ai pas encore vu, mais dont la liste des participants me laisse supposer qu'il devrait être très intéressant: L'encerclement. Je viens également de lire un entretien avec René Passet, économiste français qui, à travers un livre sur l'histoire économique nous montre comment les néo-libéraux actuels se trompent d'époque. Citons également Yann Moulier Boutang, qui propose une théorie intéressante liant le capitalisme et la pollinisation : les échanges humains, de plus en plus nombreux, sont un des piliers de l'économie actuelle, or, leur valeur ajoutée au sens du Dieu P.I.B. et de la déesse Croissance, est nul.

Pour finir, n'oublions pas un autre livre de Normand Baillargeon, Les chiens ont soif, dont la ré-édition vient de paraître.

Réfléchissons.