CONSTAT

Le nouveau baccalauréat n'est que l'ombre de lui même. Les étudiants n'ont plus de connaissances précises dans des domaines particuliers, mais plutôt une culture générale couvrant l'ensemble du domaine de la licence, le tout survolé en une année. Il nous appartient donc de leur apprendre les méthodes de travail, la précision des connaissances et du raisonnement : ce que veut dire "comprendre", notion très difficile à "faire comprendre" justement. Par ailleurs, quand ils arrivent à l'université, ils n'en comprennent pas le fonctionnement. Et c'est normal : moi non plus, en arrivant à l'université (en tant que Professeur) j'ai mis un certain temps à en comprendre le fonctionnement. C'est donc bien normal. Il en va de même pour les méthodes de travail: nous leur proposons une formation radicalement différente de ce qu'ils ont pu avoir précédemment. Les méthodes de travail vont de pair. Ils ne peuvent donc les connaître.

PROPOSITIONS

En s'appuyant sur l'intervention, et donc le livre, de Markus Brauer..

Titre Enseigner à l'université: Conseils pratiques, astuces, méthodes pédagogiques Auteur Markus Brauer Éditeur Armand Colin, 2011 ISBN 220025458X, 9782200254582

Proposition 1 : rendre obligatoire, pour tout enseignant, la rédaction d'un syllabus.

Ceci s'inspire d'une part des propositions de Markus Brauer, mais aussi, des pratiques américaines (qui ne sont pas toutes bonnes, loin s'en faut). Ce syllabus doit contenir le contrat passé entre l'enseignant et l'étudiant : ce que l'enseignant attend, les méthodes de travail qu'il préconise, mais aussi ce qu'il offre : cours, TD, TP, mais aussi Site web, ARCHE, interactivité en ligne... rien n'est obligatoire mais tout devrait être écrit. Je propose également que ce syllabus soit OBLIGATOIREMENT déposé sur un site ouvert sur la plateforme ARCHE dédié à l'UE cours, de manière à la faire découvrir à ceux qui l'ignoreraient. Il serait, en revanche et à mon avis, contreproductif d'essayer d'imposer telle ou telle méthode de travail ou telle ou telle exigence à l'ensemble des enseignants. Ils ne serait pas d'accord et auraient bien raison. On peut en revanche raisonnablement leur demander d'être clairs vis à vis des étudiants.

Pour mémoire : voici les préconisations en ce sens de Markus Brauer, que nous pouvons discuter :

   """
   Le CONTRAT : il doit y avoir un contrat entre enseignant et étudiant (le syllabus américain)
   Dans le syllabus : Détails du cours / EdT / Informations dur le Prof / approche pédagogique (optionnel). Liste des thèmes et lecture conseillée (et obligatoire). Les dates des évennements spéciaux, sur les exercices à rendre, et le système de notation. Les lectures sont elles obligatoires ? Avant ou après le cours ? CHARGE DE TRAVAIL ET METHODE DE TRAVAIL NECESSAIRE. EXPLICITEMENT.
   Formuler clairement : comment les étudiants doivent s'adresser à vous, comportements acceptables ou non (arrvées tardives, casquettes, téléphone, manger, questions après le cours....)
   Dirent ce que les étudiant peuvent attendre de l'enseignant : faire un effort max pour rendre le cours intéressant et enrichissant. Présentation sur site Web.
   Les étudiants devraient pouvoir refuser d'aller dans un cours après avoir eu le contrat.
   NE PAS SOUS ESTIMER L'IMPORTANCE DU SYLLABUS. Il doit être expliqué et commenté lors du premier cours.
   """

Proposition 2 : encourager, valoriser, motiver (obliger ?) la formation des enseignants

La journée à laquelle j'ai participé était organisée par le Centre de ressources en Innovation Pédagogique (CIP ) . C'était une journée de très haute qualité pendant laquelle j'ai appris beaucoup de choses, à l'instar de le plupart des gens présents. J'ai été en revanche extrêmement surpris que ces conférences aient eu lieu dans une petite salle au lieu d'un grand amphi.... et il se trouve que la petite salle était assez grande. Ce genre de journée devrait être suivie par la très grande majorité de nos collègues. Nous avons beaucoup à apprendre des gens en SHS, qui ont fait de la pédagogie leur domaine de recherche. Une journée de formation par an pourrait très largement suffire, mais elle est indispensable. Prenons contact avec le CIP ("laetitia gerard" <laetitia.gerard@univ-lorraine.fr>) pour nous aider à organiser la formation de nos enseignants : "Enseigner, cela s'apprend".

Proposition 3 : tirer partie des ressources extérieures pour favoriser l'apprentissage actif

Cette proposition part du constat suivant : le cours magistral est une épreuve pour les étudiants : attention, il ne s'agit absolument pas de supprimer le cours magistral car il est, je crois, indispensable, pour expliquer les notions de base. En revanche, comme il est acquis que c'est la plus mauvaise façon de faire passer de l'information, il doit être complété par des actions de renforcement cognitif des acquis de ce cours

   """
   La méthode classique de cours : 5% de mémorisation !!!
   Lecture passive : 10%
   Vidéo : 20%
   La discussion : 50%
   L'enseignement : 90%
   """

La proposition est donc de diminuer nos prétentions en termes de quantité d'information transmises (la relativité générale en licence est une pure et simple aberration, par exemple), de manière à pouvoir mettre en oeuvre des pratiques pédagogiques plus appropriées comme le travail en groupe, l'évaluation, la discussion et la vidéo. Les compléments vidéo du cours peuvent se trouver en ligne comme par exemple :

https://www.khanacademy.org/

https://fr.khanacademy.org/

http://www.ted.com/ (the Famous Ted Talks)

http://www.unisciel.fr/ (l'Université des sciences en ligne)

http://www.universites-numeriques.fr/ (les université numériques thématiques)

Sans parler de YouTube sur lequel les étudiants cherchent DEJA, sans supervision, des compléments au cours.

L'apprentissage actif peut alors se décliner de multiples façon. Je retranscris ici mes notes sur l'intervention de Markus Brauer, pour donner des idées :

   """
   APPRENTISSAGE ACTIF : l'étudiant doit participer activement au procesus d'apprentissage. Etre un consommateur passif d'information n'entraine pas une bonne compréhension du matériel présenté. Comment motiver l'étudiant à participer 
   *Lectures obligatoires (difficile à faire dans notre cadre) ...  distribuer des questions avant.
   Vérifier que les étudiants les lisent vraiment
   * Chercher et trouver les informations, pendant le cours ou à la maison
   * Disinguer les informations pertinentes des autres.
   * Utiliser activement les connaissances acquises : ils peuvent etablir des liens entre informations, les hiérarchiser, les appliquer à un problème concret, les reformuler, les expliquer à autrui. Ils peuvent évaluer des informations/ noter/ Juger les autres, les auteurs.
   * Faire une activité cognitive de haut niveau : synthétiser ,analyser, évaluer, juger (pas écouter) qui entraîne une momérisation à lon terme.
   * rédiger des mini dissertations sur les points abordés en cours
   * Vote en cours magistral (convaincant oui non ??)
   """

Le plus applicable dans notre cas : demander un travail en groupe à l'issu duquel un mini exposé sera fait devant le groupe de TD. Selon Markus Brauer, il faut prendre soin à la chose suivante : donner des exigences très précises sur l'exposé (le temps par exemple, sera un critère décisif). Suite au travail en groupe, il faut aussi choisir, AU HASARD, celui du groupe qui va présenter... et attribuer une note à tous, qui fera partie du CC.

Proposition 4 : tirer le meilleur parti de ARCHE et des nouvelles technologies (non, ce n'est pas compliqué)

La plate-forme ARCHE proposée par l'Université de Lorraine a été conçue par des personnes ayant fait des recherches dans le domaine de la pédagogie. Elle est pleine de ressources insoupçonnées. Citons par exemple l'outil "Atelier thématique" qui permet d'économiser un temps considérable en distribution des tâches : les étudiants peuvent rendrent des devoirs, et ceux ci seront évalués par leurs pairs (l'action d'évaluer est une action cognitive de haut niveau qui renforce fortement les acquis). Je l'ai utilisée cette année. Les résultats obtenus en termes d'examen terminal sont au delà de mes espérances. Il faut donc commencer par contraindre les collègues à déposer un syllabus de cours sur ARCHE, pour ensuite les inciter à y déposer leurs notes de cours, puis des liens vers des ressources externes... pour aller ensuite vers de la pédagogie active du type de l'atelier thématique. Un grand nombre d'autres activités sont proposées par ARCHE. Il faudrait demander au CIP une formation sur les liens entre ARCHE et l'apprentissage actif

Note : ARCHE est la plate-forme en ligne pour l'enseignement à l'Université de Lorraine : http://arche.univ-lorraine.fr