Le principe économique caché derrière cette action est en fait maintenant commun à un certain nombre d'acteurs de l'enseignement en ligne, et particulièrement de l'enseignement supérieur. Citons parmi eux les très anglophones Coursera et EdX, ainsi que le francophone et plus institutionnel FUN, avec lequel mon université est passe de collaborer. Tous ces acteurs proposent gratuitement et en ligne des cours de niveau supérieur dont la qualité est indiscutable. Comment donc trouvent-ils donc les moyens, non seulement de créer ces actions apparemment désintéressées, mais également d'en tirer du profit ?

La réponse est dans le mail mentionné au début de cet article, et tient dans la certification, ou le diplôme que ces établissements offrent. Le site Open Classrooms propose une certification maison dont la reconnaissance n'est pas évidente. En revanche, les universités qui collaborent à EdX, Coursera et FUN proposent de réels diplômes universitaires. Ce sont ces certifications, ou diplômations, qui sont, elles, payantes.

Les contrôles et la remise des diplômes peuvent être, selon les cas, gérés par l'université qui propose le cours, ou bien externalisés auprès de prestataires privés, éventuellement situés dans d'autres pays que l'université d'origine. Nous assistons bien ici à la naissance d'un nouveau marché, celui de l'enseignement supérieur. Et un grand nombre d'acteurs privés se sont déjà engouffrés dans cette potentielle nouvelle source de profits.

Quel donc peut être le futur de l'enseignement supérieur ? Entièrement dévolu à cette nouvelle forme d'enseignement, classiquement appelée maintenant MOOC (pour Massive Online Open Courses). Cela est peut être le rêve des acteurs du domaine dont l'objectif est le retour sur investissement. Qu'en est-il en revanche de la formation elle-même ? La pédagogie est-elle adaptée ? Quels sont les taux d'abandon ? Surprise : ils dépassent les 95%.

Les causes de ces abandons sont multiples. L'une d'entre elles est l'inscription "pour voir" au cours, où la seule action volontaire est l'inscription, l'abandon ayant lieu quelques secondes après l'inscription. Outre ces cas marginaux, nous pouvons nous interroger sur la pédagogie qui est proposée par cette nouvelle forme d'enseignement à distance.

Il y en a un aspect qui me semble extrêmement attrayant: la suppression du besoin de Cours Magistraux, devant lesquels tellement d'étudiants se sont ennuyés, et ont souvent perdu leur temps. Pourquoi cet ennui? Inadaptation du contenu du cours à l'étudiant ? Pré-requis pré-supposés et non acquis ? Rythme trop élevé ? trop lent ? ... Probablement une combinaison de tous ces facteurs, combinaison différente bien évidemment pour chacun.

C'est ainsi par la mise à disposition en ligne, et qui plus est gratuitement, de contenu pédagogique de qualité, sous des formes diverses, allant de l'écrit à la vidéo en passant par toutes les formes interactives que les technologies Internet permettent, que le Cours Magistral est adapté à chaque étudiant: chacun travaille à son propre rythme et selon les modalités qui lui sont les plus favorables.

Le revers de cette médaille est à chercher du côté de l'humain: un enseignement entièrement en ligne, 100% déshumanisé, peut-il être efficace ? Il me semble que le taux d'abandon propre aux MOOC parle de lui-même. Il faut remettre de l'humain dans les MOOC ! Le MOOC, le cours en ligne, remplace avantageusement le Cours Magistral, la cause est entendue. Mais apprendre, c'est aussi, et surtout, faire des erreurs et poser des questions. C'est pourquoi la plupart des MOOC se sont dotés de forums, sur lesquels les étudiants peuvent discuter entre eux, et parfois avec l'enseignant.

Je pense personnellement que les cours en ligne sont des outils extrêmement efficaces pour l'acquisition de connaissance, au même titre que d'autres supports moins à la mode comme les ouvrages de la Bibliothèque Universitaire, qu'ils soient dématérialisés ou non. Au même titre que ces ouvrages, ils doivent impérativement être complété par la présence physique d'un enseignant, dont le rôle aura muté par rapport à la conception traditionnelle.

Selon une formule que j'ai déjà entendu quelques fois, le rôle de l'enseignant n'est plus de transmettre l'information, car celle-ci est disponible gratuitement sous de multiples formes. Il doit en revanche faciliter l'accès à cette information : servir de guide. C'est ainsi que l'étudiant passe de la posture passive, devant un Cours Magistral, à une posture active, dont il est démontré qu'elle est bien plus efficace en termes d'apprentissage.

L'heure de la pédagogie active a sonné. Les moyens sont là. Les étudiants sont demandeurs, parfois à leur insu. Si aujourd'hui l'Université ne change pas sa pédagogie, elle se verra concurrencée par des acteurs privés dont l'objectif est clairement financier. C'est en revanche en tirant partie de son potentiel humain qu'elle apportera la touche personnelle qui guidera l'étudiant à travers toutes les possibilités d'auto-formation qui s'offrent à lui.

Pour aller plus loin : Spare me the lecture