L'Open Science, ou Science Ouverte, est à mon sens une fusée à trois étages visant à décloisonner, clarifier et libérer la recherche scientifique en en améliorant sa diffusion et sa traçabilité grâce à une utilisation optimale des moyens de communication électroniques, j'ai nommé Internet.

Le premier étage vise à émanciper la publication scientifique du marché éditorial qui s'est progressivement construit autour du besoin qu'on les chercheurs de communiquer leurs découvertes de manière fiable et contrôlée. Selon Bernard Rentier, qui m'a précédé au micro, la seule activité connue qui soit plus rentable que l'édition scientifique est la trafic de cocaïne, cette dernière activité étant toutefois notoirement plus dangereuse. Cet objectif est symbolisé en France par le site Hyper Articles en Lignes (HAL, pour les intimes), qui permet à out chercheur, à travers le système des Archives Ouvertes, de publier sa recherche de manière centralisée, fiable, ouverte à tous et facilement indexable par les divers moteurs de recherche dont les robots parcourent Internet.

Dans une première approche, HAL peut servir de simple base de donnée où les chercheurs français enregistrent leurs productions, éventuellement dans des portails dédiés à leurs établissement. Notons au passage que CentraleSupélec, tutelle de mon laboratoire, à créé son portail HAL, et que l'université de Lorraine est en passe de le faire. Dans un deuxième temps, HAL sera enchantée d'accueillir de manière pérenne les textes complets des productions des chercheurs français. Ceux qui le font, comme moi, publient en général dans HAL le texte complet de leurs articles une fois qu'ils ont été acceptés dans une revue classique. Cela permet d'augmenter la visibilité, et donc la lisibilité, des articles en question, voire de se confectionner un joli petit CV. Dans un troisième temps, les plus téméraires et les meilleurs adeptes de la science ouverte publieront leurs articles sur HAL dès qu'ils sont prêts, sans attendre leur acceptation dans une revue appartenant au marché de l'édition scientifique, réduisant ainsi à la quasi nullité les délais de communication des résultats de leurs recherches. Cette pratique est peu courante, à l'exception de certaines disciplines, du fait de la domination encore actuelle du marché de l'édition, et notamment de son emprise sur les carrières des chercheurs.

Le deuxième étage de la fusée concerne l'ouverture des données de la recherche. En effet, aujourd'hui, c'est souvent l'équipe qui fait les mesures sur le terrain, ou qui a conçu l'expérience ad hoc, qui se réserve la possibilité d'analyser et d'exploiter ces données qu'elle a mis tant de temps à rassembler. Juste gestion de la compétition, me direz vous ? La science elle-même, pourtant, ne s'en porterait que mieux si toutes ces données si difficiles à attraper étaient mises à disposition de tous afin de bénéficier des compétences et des idées de tous. C'est le modèle des données ouvertes, l'Open Data, dans la langue de Shakespeare. Bien qu'encore peu répandu, ce modèle commence à se développer. Citons simplement les efforts de notre gouvernement pour rendre les données de l’État les plus accessibles possible. Le mouvement des données ouvertes est en train de naitre au niveau national. Malheureusement, je gage que les contraintes de la compétition imposée entre chercheurs par les recherches de financements vont encore brider l'ouverture des données pendant un temps certain.

Troisième étage de la fusée : la transparence des traitements et des algorithmes. Que l'on s'intéresse à l'analyse de données expérimentales ou à la réalisation d'une démonstration théorique, l'usage d'un ordinateur peut s'avérer indispensable. Dans les deux cas, les traitements qui sont faits des données et la logique de la démonstration doivent être intégralement transparents si la démarche scientifique se veut pouvoir être évaluée, et validée, par d'autres que les auteurs. L'implication immédiate de cette assertion est l'utilisation exclusive de logiciels dont le fonctionnement, dont le code source, soit ouvert. En un mot comme en cent : des logiciels libres. Le monde du logiciel libre, voire le monde du libre, est à mon sens indissociable du mouvement de la science ouverte. Et quel fut mon effort pour charger ma présentation, réalisée librement, dans un système d'exploitation fermé dont les ressorts sont connus uniquement par une multinationale américaine !

En guise de conclusion, le quatrième étage, balbutiant : l'ouverture et la transparence du matériel. Une science expérimentale vraiment ouverte exigerait la publication des spécifications des appareils de mesures, et l'autorisation de leur reproduction à des fins de contrôle, ou à toute autre fin. Ouvrir le matériel, publier les plans, les principes de fonctionnement, voire des fichiers permettant l'impression 3D des pièces, le tout sous licence libre.

Mais ceci est un rêve.